“J’ai pensé à ma mère”

Pour démarrer la rubrique de la Grosse Brioche, on tape direct dans du lourd, avec le Grand Raid de la Diagonale des Fous,  l’une des courses les plus difficiles au monde avec ses 166km et ses 9611m de d+. Course par ailleurs qui se déroule à La Réunion.

A en lire le menu, cette épreuve semble bien compliquée à digérer et seul les traileurs chevronnés ou bien un peu frappés, c’est selon, peuvent arriver à engloutir ce parcours de dingue.

D’ailleurs pas n’importe quel quidam peut y participer. Il faut des points chers messieurs dames ! Des points que l’on obtient sur d’autres brioches comme Les Templiers où l’UTMB et d’autres courses de ce genre.

Bref, passons et regardons le profil atypique de ce mec un peu déjanté 😉 qui a tenté l’aventure. Cédric Sanquer, 36 ans, chef d’entreprise de Paysage Création à Bourg-Blanc. Ca y’est, le coup du pub’ est passé ;).

Aujourd’hui licencié à “Courir à Bourg-Blanc”, Cédric a commencé sa carrière de sportif par le vélo à 11 ans à Lesneven. Il est ensuite passé Lannilis et Landerneau. Il a notamment obtenu un titre de Champion de Bretagne en 2005 dans la catégorie Pass. Mais ça, on s’en fout ;).

“La 1ère fois que j’ai fais le tour du quartier, je suis rentré à 4 pattes”

Lorsqu’il s’installe à son compte en 2006, Cédric se rend compte qu’il est difficile de conjuguer des semaines de 50/60h de boulot avec des 10h de selle.

Il se met alors à courir. “Au départ je vais courir deux fois 30 min/semaine et je rentre cramé. Je me souviens même de la première fois où j’ai fais le tour de quartier, je suis rentré à quatre pattes” plaisante le futur ultra-traileur.

Mais très vite, Cédric prend goût à la course à pied et enfile les kilomètres comme des pintes de bière ;).

“Un gamin hyperactif”

En 2008, avec une bande de copains cyclistes, il crée une association pour…courir. Sans commentaire lol.

Il commence à accrocher des dossards à des courses sur route “A cette époque je ne vois que le chrono” précise Cédric qu’on imagine à cette époque, les yeux rivés sur le Garmin à chaque borne.

Mais ce coureur, qui se qualifie comme un “gamin hyperactif”, en veut toujours plus. des 10km, il passe rapidement au semi-marathon, puis, bien évidemment, au marathon. A cet époque le malheureux ne comprend pas l’intérêt du trail.

Mais au bout de quelques années, Cédric finit par se laisser tenter et s’inscrit au TTAB, la Team Trail de l’Aber-Benoît. Mais bon, le Trail Entre Fort et Château de 15km où la Toul an Dour et ses 17km ne l’intéressent guère. Non, lui,  il s’attaque directement au Trail de Guerlédan, le Trail du Bout du Monde, des bonnes brioches flirtant avec les 60km.

“C’est là que je me suis dit que y’a peut-être un truc à faire !”

“Quand je me rends compte que je suis capable de courir ses distances, c’est à ce moment que j’ai commencé à regarder plus loin”, commente Cédric Sanquer.

Et la suite logique pour lui était de s’attaquer à un monument historique du Trail en France, j’ai nommé bien sûr, Les Templiers en 2014 et 2015. Et oui, y’en a qui sont généralement plus adepte du double cheese avec sauce mayo, Cédric lui c’est plutôt menu double “Les Templiers” avec 78km et supplément de 3650m d+. Chacun ses goûts ;). Bon avec une année d’écart certes, il faut savoir faire durer le plaisir 😉

“En 2015 j’ai fais une bonne perf en rentrant dans les 100 premiers et en mettant 1h30 de moins que l’année précédente, et c’est là je me suis dit que y’a peut-être un truc à faire” songe alors Cédric. L’année suivante, il met aussi à son actif, la CCC de l’UTMB, une course de 100 bornes et 6100m de d+. Rien que ça.

“J’ai été courir 3h pour fêter ça”

La suite logique est toute simple pour Cédric : La Diagonale des Fous ! “C’est une course que tout traileur qui se respecte rêve de faire” raconte-t-il avec toujours autant d’adrénaline.

Et un beau jour il reçoit un coup de fil “Monsieur Sanquer, vous êtes retenu pour la course”. Là, place à l’euphorie, Cédric ne tient pas en place. Très étonnant ;). “J’étais fou dans ma tête, c’est la course de ma vie putain. J’ai été courir 3h pour fêter ça, sans manger ni boire, l’adrénaline m’a tenu” relate l’Ultra-Traileur. 

Donc voilà en 2017 Cédric Sanquer va participer à la Diagonale des Fous. Bon, jusque là on n’en a pas parlé, mais vous vous doutez bien que pour une course de ce calibre, il faut un plan d’entraînement carré. Ben, non, pas pour ce frappadingue.

“Je suis super organisé au boulot mais dans la vie perso c’est plutôt le contraire” plaisante Cédric avant de reprendre avec plus de sérieux “J’ai appelé un gars qui a fait cette course pour avoir quelques conseils mais bon, non j’ai fait ça à ma sauce. Mais ce que je peux dire c’est que c’est pas forcément bon car je suis arrivé à la Réunion un peu fatigué, surentraîné. J’ai cumulé 5000 bornes à pied et 10000 à vélo. Je pèse 58 kg pour 1m80. Et il m’arrive de faire des semaines à plus de 30 heures de sport !” explique-t-il.

On va dire que Cédric a fait le taff avec des heures supp. pour être prêt pour la Diagonale.

Pour cette course hors norme, les participants arrivent sur place 6/7 jours avant la course, le temps de s’acclimater aux 35° de température moyenne et de récupérer des deux heures de décalage horaire avec la France.

“Je me crois sur une étape du Tour de France !”

“Au départ, tu peux te sentir en vacances, mais les gens là-bas, que ce soient les métropolitains où les autochtones, savent que tu es là pour la course. Du coup tout le monde t’en parle et c’est pas simple de faire baisser la pression” rapporte le coureur.

Les jours passent et le jour J arrive. “Le départ est donné à 22h là-bas, et la première nuit, on te dit que tu vas pas dormir ! Alors on me conseille de faire une sieste l’après-midi avant le départ, mais inutile de te dire que c’est impossible” sourit Cédric.

Peu avant le départ, le Traileur Finistérien sent l’adrénaline monter, il est sur le point de réaliser son rêve. Dans le sas d’entrée, il est aux côtés du gratin des traileurs, comme Benoît Girondel, pour ne citer que lui. Paquetages envoyées, matos checkés, Cédric patiente son tour.

Puis le moment où c’est à lui de partir. Dans Saint-Pierre, Cédric démarre son chemin de croix avec du monde de partout qui crie. Plus loin il voit un feu d’artifice tiré. Il sent également l’odeur du barbecue, du cannabis local.

“J’ai des frissons de partout, je me crois sur une étape du Tour de France. T’as les stars du circuit qui sont juste à côté de toi. C’est juste incroyable” se remémore Cédric.

“J’ai pensé à ma mère”

Le départ de la course est très rapide, le Finistérien tente de se placer, il ne réfléchit pas à la gestion de l’épreuve. “Au départ tu te sens indestructible, c’est l’une des plus grosses courses du monde, tu ne réfléchis pas trop. Tu sais que t’es prêt, que t’es téléguidé pour faire 100 bornes “facile”. T’as pas de doute” indique Cédric.

Alors effectivement les 100 premières bornes sont avalées sans difficultés. La première nuit se passe bien aussi. Mais malheureusement la suite allait se compliquer.

Comme indiqué un peu plus haut, Cédric explique qu’il est arrivé un peu cramé sur l’île de La Réunion. Et ce qui peut advenir dans ce genre de circonstances, c’est la fracture de fatigue. Fracture qu’il connaît déjà. Tendance à en faire trop Cédric ? ;).

Mais là, la putain de fracture n’arrive vraiment pas au bon moment, au beau milieu du parcours de la course de sa vie ! “Je ne dit rien à personne, sinon les médecins me font abandonner et ma famille, ma femme surtout, qui est sur place avec moi, si elle est au courant, elle va me dissuader de jeter l’éponge, c’est sûr. Alors j’ai continué, j’ai pû faire 50 kilos en faisant attention. Mais les 20 dernières bornes furent un enfer, un long chemin de croix de 10h ! Je n’avance plus je suis à 2 à l’heure !” se souvient le traileur avec douleur.

Alors comment a-t-il fait pour tenir ? “Il faut finir ! Je me sens obligé de finir sinon je suis obligé de revenir l’année prochaine. Donc je termine ça et on en parle plus. Et puis j’ai pensé à ma mère”.

A l’époque la mère de Cédric Sanquer est atteinte d’une grave maladie, elle lui donne la force de terminer le “boulot”. Mais à la fin, lorsqu’il franchit la ligne dans la Redoute, le blackout total, le Finistérien se souvient à peine de l’arrivée.

“Je me souviens d’entendre le mari de ma cousine qui est là aussi pour la course, de crier “tu l’as fait putain” et de me demander de courir sur La Redoute, l’arrivée mythique à Saint-Denis. Mais j’en peux plus, je l’envoie chier.” regrette quelque peu aujourd’hui Cédric.

“J’ai fais un break d’un an et demi”

En tant que bon breton, Cédric ne ne perd pas ses bons réflexes quand même et s’enfile une dodo (bière locale), bien méritée après quelques mois d’abstinence. Quel supplice ;). Mais La Diagonale a entamé son moral. Les 20 bornes en 10h avec une fracture de fatigue l’ont usé. Alors que dans 99,9% des cas, les coureurs auront mis pied à terre. Mais il le dit lui même, il le doit beaucoup à sa mère.

Malgré 60 bornes effectuées avec une fracture de fatigue, le résultat final est quand même exceptionnel : 39h40’54’’ et une 279ème place sur 1830 finishers !

Mais comme écrit juste plus haut, le moral de Cédric est touché et il ne fête pas cet exploit. Pire, en rentrant en métropole, il décide d’arrêter tout. “J’ai fais un break d’un an et demi. Je suis dégouté du sport, je me dis que c’est n’importe quoi d’arriver à des états comme ça.” évoque le Finistérien.

Mais le vice des sentiers le rattrape et début 2019, il  s’engage sur le Trail de Guerlédan et du Bout du Monde, deux vieilles connaissances. “Je les ai fait à la cool” précise Cédric.

Mais comme il ne fait jamais les choses à moitié, en été 2019, il tente de faire le GR20 avec un objectif de 3, 4 jours. “L’objectif est trop élevé, je ne suis pas assez préparé. J’ai fais les 5 premières étapes en 10h sans manger ni boire. N’importe quoi. J’ai bâché au 6ème jour” concède le Finistérien.

Pour terminer, Cédric, ce traileur quelque peu marginal ;), indique qu’il reprendra une saison trail pour 2021, mais avec des distances minimum de 50 bornes, sinon ça sert à rien 😉

Voilà, s’en est terminée pour la première Grosse Brioche et il sera très certainement difficile de trouver un traileur aussi frappé que Cédric Sanquer. La barre est déjà haute ! ;). Encore bravo Cédric et merci pour cette folle histoire.

Cédric à l’arrivée, exténué, dans les bras de sa femme Johanna.

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